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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 20:24

L’évolution de la presse écrite algérienne après la fracture politico-sociale d'Octobre 1988 C’est à la faveur de la fracture politico-sociale d’Octobre 1988 que les velléités de changements dans la presse écrite algérienne vont trouver l’opportunité d’amorcer le virage historique qui aboutira à l’émergence de titres privés. Et ce suite à la loi sur l’information initiée à partir du 3 avril 1990 par le réformateur Mouloud Hamrouche ouvrant ainsi la voie au champ de la libre expression journalistique née, il est vrai, des convulsions de l’après octobre 1988. Alors que les manifestations juvéniles faisaient rage dans les rues d'Alger, les journalistes n'avaient aucune possibilité d'exercer leur profession, n'ayant le droit ni d'être informés, ni d’informer, ce qui suscita l'agitation et la grogne qui gagna peu à peu les salles de rédaction. La nécessité imposait la tenue d'urgence d'assemblées des journalistes, et loin des regards indiscrets : l'heure était grave. Et c'est dans les bureaux de l'Union des Journalistes Algériens, place de la Grande Poste , que dans la matinée du 10 octobre 1988 pas moins de 72 journalistes s'entassèrent dans le couloir et la pièce principale du siège poussiéreux de l'UJA , engageant dans le plus grand désordre une vive discussion sur les tragiques évènements que traversait le pays: " S'y mêlaient des informations sujettes à caution , des analyses politiques personnelles, des développements vaseux, seuls ceux qui avaient une activité clandestine ailleurs savaient quoi tirer de cette réunion à laquelle la présence compacte du PAGS et celle , minime des mais pointue des trotskystes, n'avaient pas encore livré toutes les idées", rapporte Maachou BLIDI , ajoutant que les journalistes réunis étaient toutefois parvenus au stade d'un accord insistant sur la nécessité et le devoir de dénoncer les graves dépassements et atteintes aux droits humains, et entre autres la revendication légitime de l'exercice normal et correct du métier d'informer et de témoigner comme il se doit, sans empêchements et entraves dans la fonction. Ainsi dans une atmosphère enfumée par les cigarettes s'était élaborée une déclaration que " Dahbia Yacef et Aziouz Mokhtari allèrent la porter à l'AFP, à deux cent mètres de là, ou Abed Charef exerçait comme stringer. Par précaution, le défunt Abderahmane Mahmoudi recommanda que personne d'autre que ces deux- là ne quitte les lieux avant qu'ils aient le temps d'arriver au bureau de l'agence (...) Pendant ce détail de sécurité, des fenêtres donnant sur le port, on pouvait voir passer les marcheurs, par centaines, qui se dirigeaient vers Bab El Oued. Et dont on n'entendait que le bruit des sandales sur la chaussée. Nul ne pouvait savoir qu'au bout de cette procession surprenante, éclaterait la fusillade qui ferait une quarantaine de morts à proximité du siège de la DGSN. Et que, parmi eux, il y aurait notre confrère Sid Ali Menniche , de l'APS , qui était là pour son métier."(1). Pour une journée particulière s'en fut vraiment une qui fera date pour avoir vu l'accouchement dans la douleur d'un communiqué contestataire qui sera audacieusement divulgué, en la journée mémorable du lundi 10 octobre 1988. Le communiqué des journalistes de la wilaya d'Alger, dénonçant clairement les tentatives de bâillonnement Mais ces abus du monopole de la pensée unique semblaient désormais destinés à connaître de profonds bouleversements. Car le forcing imposé du violent vent de changement allait faire voler en éclats l'unanimisme classique et substituer progressivement l’engagement dans un processus de déverrouillage nouveau dans le cadre d’une recomposition radicale du paysage politico- institutionnel- médiatique, en général. Et il faut dire que nombre d'observateurs politiques des plus avisés ne s'attendaient pas au tournant radical qui s'annonçait de la consécration de l'ère inauguratrice du multipartisme en Algérie. Le MJA était lui-même loin de s'attendre à l'aubaine du pluralisme et de la privatisation du secteur médiatique. Mais dès ses prémices annonciatrices, il adhéra pleinement à la mouvance "réformiste" enclenchée, contribuant à en accentuer le cours : Il va sans dire le champ libre donné à la liberté d'expression, la presse étant le première bénéficiaire de ce tournant radical. Et en effet, des débats mémorables, écrits, parlés, télévisés, etc., restent témoins de cette parenthèse hautement démocratique des débuts des années 1990: journalistes, leaders politiques, personnalités de divers horizons ou de simple citoyens " déversaient leur sac", en direct à la télévision nationale d'habitude si marquée par son ton solennel et conformiste rabâcheur de la langue de bois. L'écho de certaines émissions, comme « Face à la presse », « confrontations entre leaders de Partis et représentants de l’Etat » était tel qu'il vidait toutes les rues au moment de leur diffusion et faisait pâlir d'envie des citoyens d'autres contrées , des années avant le succès de l'audimat de certaines chaînes parabolique d'aujourd'hui. Les journalistes qui se revendiquaient de cette aspiration au changement, nombre d’entre eux étant membres du MJA, se déclaraient ouvertement « journalistes - réformistes », en référence « sympathisante » avec la politique nouvelle de l'équipe de décideurs réformistes qui s'était installée au pouvoir et qui avait pris soin auparavant, via Mouloud Hamrouche avant son accès au poste de premier ministre, de s’adjoindre les soutiens d'Algérie – Actualité et de la télévision. Et une fois à la tête du gouvernement, Hamrouche publia en Mars 1990 une circulaire autorisant tous les journalistes à se constituer en collectif et de créer leurs propres journaux. Quoique hésitants au départ, nombre de journalistes encouragés par la promesse d'aide matérielle et financière ( notamment la mise à leur disponibilité de deux ans et demi de leurs salaires ), entreprirent par la suite avec grand enthousiasme « l'aventure intellectuelle », comme on l'a qualifiée, payante pour certains, mais négative pour d'autres…Cette jeune presse allant inévitablement connaître les hauts et les bas de son inexpérience lors de ses premiers pas, essuyant, en outre, et trop souvent, les accusations à tort ou à raison, de faire le jeu de certains milieux politiciens, d’être « une presse manipulée , soumise à la loi de l’argent », ou d’être le relais d’officines étrangères, etc. Alors que certains titres, quoique d’un nombre réduit, pouvaient tout de même se réclamer du libre droit à l'expression et l'information, nonobstant toutes autres considérations, leurs journalistes de service s’acquittant (et continuent de s'acquitter) honorablement et loyalement de leurs missions dévolues… au moment où d'autres, plus malchanceux, s'engluaient dans les affres de l'avortement définitif de leurs carrières. Faute de ressources, de moyens financiers, publicitaires, et autres atouts substantiels, dont notamment la privation de l'aide légale du fonds de soutien à la presse, d’apports publicitaires, etc. Privilèges et opportunités dont ont pu profiter nombre d'éléments, parfaitement étrangers au domaine des médias et certains titres recueillant les faveurs des pouvoirs publics dont n'ont pu bénéficier des titres qui ont courageusement persisté dans leur voie, certains ayant fini par disparaître de la scène médiatique, d’autres ayant réussi ,tant bien que mal, par s’imposer grâce à l’apport de sponsors et soutiens financiers. Cependant, en dépit des nombreuses embûches et diverses tractations de discrédit qui ne saurait être injustement généralisé, la réussite était au rendez- vous pour cette jeune presse écrite nationale du secteur privé qui s'enrichit, en un laps de temps, de pas moins d'une centaine de titres , consacrant en la période les titres tels Le jeune Indépendant, El Watan, Liberté, Le Quotidien d'Oran, Alger Républicain, Le Nouvel Hebdo, La Nation, El Khabbar, El Youm , etc., etc.… une aubaine pour les journalistes, mais qui devaient aussi faire face aux contraintes de la loi d'avril 1990 mais qui ne purent n’empêchèrent point le paysage médiatique national de se doter d’ un nouveau look grâce à la ténacité et à le résolution des journalistes algériens, toutes langues et tendances- confondues, d'aller de l'avant. L’étape d’aggravation du cauchemar et naissance de la presse libre Juin 1990: les évènements se précipitent durant cette période qui verra l’accentuation de l'état de siège, rendant de plus en plus difficile la gestion de la situation, la presse y parvenant, tant bien que mal, à rendre compte quotidiennement des événements, et notamment tout ce qui s'y rapportait aux législatives décisives attendues de décembre 1991 Mais coup de théâtre : le 11 Janvier 1992, Chadli est démissionnaire de ses fonctions de premier magistrat du pays, et l'état d'urgence est décrété. Le H.C.E est institué, avec à sa tête le regretté M. Mohamed Boudiaf. Dans cette conjoncture des plus tumultueuses, la presse algérienne, parvient à relever le défi, s'illustrant à travers ses divers titres et tendances de prises de positions naturellement divergentes et contradictoires, ainsi que le veut le jeu démocratique, mais non sans subir des pressions, ou être à l'abri de manœuvres, selon les échos de le période qui accusaient même certains litres "d'être manipules et soumis à la loi de l'argent". En tout état de cause, cette période dite de transition fut marquée de nombreuse contradictions, et de conflits dramatiques qui s'annonçaient à l'horizon et qui eurent fort à faire avec la liberté d'expression et le volontarisme des journalistes qui avaient fait le choix, souvent au prix de leur vie, de dénoncer énergiquement les horreurs du terrorisme qui allaient déferler et tout autant les pratiques maffieuses, parallèles, ravageuses du pays .Il y allait du crédit de cette jeune presse indépendante naissante (et des questions d'éthique et de déontologie notamment) et qui a fait du chemin en s’affermissant depuis. Il n’est guère possible d’esquisser, ici, l'évolution de la presse écrite nationale, sujet assez vaste, aussi contentons-nous d’indiquer quelques éléments de repères. D'une manière générale, aux lendemains des décisions de libéralisation du secteur, la presse écrite passa de 1990 à 1994 à quelques 120 titres, dont 27 quotidiens et 59 hebdomadaires selon les recensements de la période. Le lectorat était alors évalué à quelque 5 millions de personnes puisant l'information quotidienne dans les 120 titres parmi lesquels une centaine appartenant au secteur privé, soixante-dix titres étant édités en langue française et une cinquantaine en langue arabe. Soit une diversité de journaux qui place chaque jour sur le marché, pas moins de 1.200.000 exemplaires! Selon des statistiques s'étalant sur la période, concernant les tirages, au 1er trimestre 1997, dix-huit (18) quotidiens sont recensés avec 577.939 exemplaires, 38 hebdomadaires avec 641.340 exemplaires, 30 périodiques avec 132.400 exemplaires par mois. Durant le 2ème trimestre 1997, dix neuf (19) quotidiens sont recensés avec 606.820 exemplaires avec 565.610 exemplaires, 32 périodiques avec 254.000 exemplaires par mois. A la lecture de ces quelques chiffres on se rend compte d'une relative stabilisation de la situation de la presse écrite, voire d'une légère reprise, puisque le 3ème trimestre 1997 enregistrera une augmentation atteignant quelques 73 titres, avec un tirage global de 647.060 exemplaires par jour. A noter que six ( 6) quotidiens du secteur public tirent prés de 89.000 exemplaires par jour, tandis que 12 titres du secteur privé atteignent 558 000 exemplaires par jour, ( Chiffres se référant aux statistiques du Ministère de la communication rapportées par les médias ). La période la plus difficile pour la presse écrite nationale ,après l'euphorie de l'éclosion et de l'extension du nouveau paysage médiatique indépendant anime par les quelques 1800 hommes et femmes du métier bénéficiaires des mesures de libéralisation, fut celle de 1994-1995 qui enregistra un net fléchissement, dû à plusieurs facteurs convergents, entre autre: la hausse du coût de la vie qui fil passer le prix du journal de 7da à 10da, l'augmentation du coût d'impositions du marché international, les difficultés de la diffusion où se sont infiltrés nombre d'affairistes dépourvus de toute éthique et sans rapport aucun avec la profession, la question de la publicité (privée et institutionnelle) et le favoritisme clientéliste pratiqué, ce qui a entraîné la chute des petits journaux, déjà endettés et non soutenus par le fonds d'aide à la presse annoncé. Difficultés de divers ordre, qui n'ont pas empêché du tout, la jeune presse privée algérienne de connaître une ascension fulgurante, après, rappelons-le, l’adoption de la constitution du 23 février 1989, la loi sur les associations à caractère politique du 5 juillet 1989 et la loi sur le presse adoptée le 19 mars 1990 par l’APN et promulguée le 3 avril 1990. Cette relative réussite de la presse algérienne privée s’explique par le fait qu’elle répond mieux, par rapport à la presse gouvernementale ( qui tarde à être publique et transparente dans le sens exact du terme) , aux besoins des lecteurs . Et bien mieux encore que la presse d’opposition de certains partis dont les quelques titres créés à partir de 1989 n’a pu résister à la crise qu’allait vivre le pays durant la sombre décennie 1990. Les titres indépendants tels que El Watan, Le Quotidien d’Oran, Le Soir d’Algérie, El Khabar, Liberté, etc., ont été lancés, pour leur plupart, par des journalistes actionnaires avec d’autres membres fondateurs, tandis que d’autres journaux appartiennent soit à des milieux des affaires souvent inconnus du public, soit à des barons du pouvoir ayant occupé auparavant des postes importants au sein du système. Cette expérience , au fait a été rendue possible , il ne faut pas l’oublier , grâce l’action du M.J.A , Mouvement des Journalistes Algériens né en mai 1988 et grâce à la circulaire de mars 1990 du gouvernement Hamrouche facilitant la tache aux journalistes , majoritairement favorables aux réformes engagées , et grâce également à l’apport du développement technologique fournissant les ordinateurs et logiciels d’éditions…. sans quoi les équipes rédactionnelles n’auraient jamais pu réaliser des journaux qui ont atteint très vite, dès leurs lancements, des tirages de 30 à 50 000 exemplaires . Néanmoins , cet élan de la presse écrite, favorisé par l’abrogation du monopole sur la publicité et les facilités accordées au niveau des 4 rotatives étatiques (ce qui a permis la réalisation d’énormes bénéfices).va connaître un recul à partir de 1992, à cause des attentats terroristes ciblant plus de 60 journalistes entre mai 1993 et 1996 , les arrestations , les procès judiciaires , les pressions économiques , etc. …..Sur ce dernier point le retour déguisé au monopoles de la publicité ordonné par le gouvernement Abdeslam , dès Août 1992 et le rejet par le Sénat le 29 juillet 1999 de la loi mettant fin au monopole de la publicité , et par ailleurs le blocage, à maintes reprises , des tirages au niveau des 4 rotatives étatiques , de journaux jugés trop critiques à l’égard du pouvoir etc. , ont pénalisé lourdement la presse algérienne indépendante . Les années 1993 -1997 furent particulièrement pénibles pour la corporation, notamment après l’arrêté interministériel du 7 juin 1994 exerçant le contrôle sévère de l’information sécuritaire par la censure préalable, faisant suite au décret du 9 février 1992 instaurant l’état d’urgence. Et ce n’est qu’au delà de 1997 que le pouvoir politique lâchera du lest , les autorités ayant réalisé après les massacres terroristes perpétrés que la presse pouvait aider considérablement le pays à sortir de son isolement. C’est ainsi qu’au mois de décembre 1997 une circulaire de la présidence de la république a permis des assises de la presse durant lesquelles le ministère de la communication devait annoncé la création de chaînes privées , de radios et télévisions et l’adoption d’un projet de loi favorable à la liberté d’expression. C’est tout particulièrement avec le nouveau ministre de l’information Abdelaziz Rahabi installé en janvier 1998 que seront relancés des projets de loi réconciliant le pouvoir avec la corporation des journalistes . Ainsi la loi relative à la presse , la loi relative à l’audiovisuel , la loi relative à la publicité et la loi relative à la promotion du livre en collaboration étroite avec l’UNESCO. Certains de ces projets de loi sont jusqu'à présent toujours à l’ordre du jour. Surtout après que la presse écrite s’est développée et diversifiée , après s’être notamment dotée, dès 2001, de rotatives privées ( El Watan , El Khabar , Liberté, L’Authentique ont ainsi monté leurs propres réseaux de diffusion après la dissolution des ENAMEP ) On peut dire finalement que la presse écrite privée s’est imposée avec force et ne va pas s’arrêter en si bon chemin, malgré les contraintes. Et il faut espérer que le SNJ (Syndicat National des Journalistes ) créé lors des assises du 4 juin 1998 et confirmé au Congrès de novembre 1999, puisse réactiver régulièrement la corporation regroupant plus de 20.000 journalistes. Les syndicats , à quelque niveau qu'ils soient , pouvant constituer avec d'autres une fédération des syndicats à même de réponde aux préoccupations croissantes de tous les journalistes de la presse écrite , parlée et télévisée, surtout que nous assistons actuellement au vagissement de la société de l'information et de la communication multidimensionnelle en général. Le SNJ a déjà contribué à l’adoption d’une Charte de l’Ethique et de la Déontologie le 13 avril 2000 et organisé les élections d’un Conseil de l’Ethique le 11 mai 2000 …qui dura un certain temps avant de disparaitre. D’une manière générale, certaines insuffisances nécessitent un dispositif juridique fiable , crédible et opérant , de nature à autoriser une recomposition qualitative du secteur. Et parmi les questions au centre des débats actuels : la révision de la loi sur l’information , le statut du journaliste, le code de l’éthique et de la déontologie, la mission du service public , l’avenir de la presse du secteur public , les blocages au niveau de l’audiovisuel ... Et à propos de ce dernier point , et comme l’observe Brahmi Brahimi ( professeur ISFC ) « en Algérie , on évoque de temps en temps Mac Luhan , mais P.L.lazarsfeld demeure inconnu des dirigeants qui continuent à appliquer un monopole qui n’ose pas dire son nom et à confier les appareils idéologiques d’Etat ( école , radio, télévision universités , institutions culturelles …) à des fonctionnaires non spécialisés qui contribuent encore à isoler le pays. (2). Et dans un souci de cohérence l’arsenal législatif et réglementaire espéré se devrait d’intégrer une loi équitable sur la publicité et un suivi de l’OJD, l’office de la Justification de la Diffusion par le contrôle du tirage et des ventes, car cet aspect de la problématique de la diffusion , après la dissolution des ENAMEP Centre et Ouest , montre que le secteur a été envahi par certains « trabendistes » qui souvent sont derrière l’avortement de titres nouveaux qui ne bénéficiaient même pas de la manne publicitaire, ni de l’aide du fonds de soutien à la presse. Et il y a lieu, ici, d’attirer l’attention sur les publications de proximité et autres spécialisées, sans négliger celles des régions délaissées du Grand Sud, nécessitant l'implantation de rotatives, l'apport de la technologie facilitante du numérique, de circuits de distributions adéquats, etc. Ce qui semble avoir commencé progressivement, en attendant le suivi des équipements complémentaires. Pour ce qui concerne la presse de proximité ciblant la vie des cités, elle requiert l’intérêt particulier des responsables de tutelle vu qu’elle se penche sur le quotidien de la société civile, en général. Même cas pour les publications régionales dans l'Algérie profonde, nécessitant l’aide indispensable à sa survie, particulièrement en matière d’apports de la publicité les ignorant souvent, l’état des choses n’ayant visiblement pas évolué dans ce contexte mais qui, espérons-le, changera sous peine d’assombrir davantage le classement international du pays en matière de liberté d’expression et octroi de droits légitimes des journalistes. Beaucoup de professionnels du secteur ayant été contraints de jeter l’éponge, suite aux innombrables contraintes des lendemains déchantant succédant à la formidable aventure intellectuelle des années 90 du relatif vent de libéralisation de la presse écrite qui a permis l'émergence de nombreux journaux et diverses publications plurilingues mais qui n'ont pu soutenir la concurrence des grands titres tirant à des milliers d'exemplaires et régulièrement distribués à travers l'ensemble du territoire national et au-delà, à l’étranger. Autrement dit, cette presse de proximité et celle régionale mérité amplement d’être soutenue, surtout qu’elle s'enquiert des problèmes quotidiens qui touchent de très près les zones qu’elle cible. Parmi les titres de proximité et régionaux parus et aujourd’hui presque tous disparus, citons à titre d'exemple: El Asr ,bimensuel en langue arabe paru à Alger en 1990, El Djazair , hebdomadaire en langue française , Alger 1990, Boumerdès, hebdomadaire bilingue paru en 1993, Chams El Wassat , hebdomadaire paru à Ain Bessam dans la wilaya de Bouira , Es –Sahifa, hebdo en langue arabe, Bordj El Kiffan 1993; L'Actuel, mensuel en français , Cheraga, wilaya de Tipaza 1991; Courrier du Chélif, quotidien en français , paru à Chlef 1990 , changeant par la suite de logo pour devenir Centre Ouest en 1992 ; Le pays , hebdo en français , Tizi – Ouzou 1993, Tassili Star, mensuel culturel bilingue , Chlef 1999- 2001, etc., ...Certains titres ayant totalement disparu du paysage médiatique tandis que d'autres, plus chanceux, ont connu des reconversions ou continuent tout simplement leur bonhomme de chemin, avec parfois des interruptions de publication et reprises cahoteuses, en attendant mieux. Enfin, pour clore ce tour d'horizon , disons que beaucoup de chemin a été parcouru par la jeune presse algérienne écrite postindépendance et assurément le plus dur est passé, comme l'estime le professeur Brahim Brahimi. Mais il reste également beaucoup à faire dans la perspective de la consolidation des chers acquis et notamment de la liberté d'expression plus en plus menacée aujourd'hui, en Algérie, témoin en sont les divers procès intentés aux journalistes algériens, d'autres en cours qui ne sont pas sans ternir l'image du pays à l'extérieur. Certes les journaux et gens de la corporation de presse algérienne ne sont pas exempts de fautes, mais ils sont pour leur plupart intensément animés d'un puissant idéal démocratique qui se voient mal œuvrer en se conformant au moule du "politiquement correct", au risque de susciter de temps à autre , ces incontournables conflits périodiques « presse- institutions représentatives du pouvoir, presse- personnalités politiques », etc. Quand on se veut s’acquitter honorablement de sa tâche suivant la constante pratique journalistique universellement admise et tolérée dans toutes les contrées du globe, dont certains pays émergents du « Tiers-monde » qui se déclarent résolument pour le respect de la liberté d'expression , tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Sénégal , le Mexique , le Liban , l’Argentine, la Malaisie, etc...A plus forte raison quand cela est consacré par la législation en vigueur, mais qui nécessiterait peut-être une actualisation pour une reconsidération des droits et devoirs des gens de la corporation plus que jamais appelés à défendre et promouvoir leurs droits et la promotion de leurs acquis. Et comment ne peuvent-ils pas être inquiets pour le devenir de leur profession ces journalistes qui ont vu différents avant-projets de lois sur l’information dont ceux considérés comme étant un véritable « code pénal bis ». Et à propos de ces lois sur l’information chez nous, relevons ce qu’évoque le Dr Ammar Belhimer dans une de ses contributions sur la presse nationale, mentionnant que durant une période charnière quatre différents avant-projets ont vu le jour : « Le premier dont l’ambition était de toucher à tous les points était l’œuvre d’une commission nationale préparatoire à laquelle étaient associés des journalistes élus parmi leurs pairs ». Concernant le second, il a été élaboré par une cellule de réformes animée par Hadj Nacer , sous l’autorité de Mouloud Hamrouche SG de la présidence à l’époque , avant- projet qui « a été soumis à une délégation du Mouvement des journalistes. Plus concis que le premier, le texte de la présidence n’avait pas pour ambition de réglementer la sphère des médias. Prônant une philosophie et une démarche libérales, il se limitait à lever les interdits pesant jusque- là sur les libertés de presse et d’édition». Le troisième avant-projet, poursuit l’universitaire – journaliste, émanait quant à lui du gouvernement Merbah : « C’était un document à forte connotation réglementaire qui n’envisageait à aucun moment l’ouverture du champ médiatique. Le quatrième projet était issu des journalistes eux-mêmes, suite à une houleuse et mémorable assemblée générale tenue un soir de Ramadhan à la salle ex – ABC ». Récemment, une autre loi de l’information est intervenue en janvier 2012 venant abroger tous les agréments des titres délivrés en 1990 et obligeant leurs acquéreurs de se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation en vigueur…en attendant la mise en place de nouveaux mécanismes promis dans un proche avenir. Y compris l’ouverture du secteur audiovisuel qui semble ouvrir progressivement l’obturateur de ses objectifs avec un apport pour le moment insuffisant de l’éclairage de son paysage médiatique parallèlement à la multiplication des stations radios locales dont la privatisation ne semble pas pour demain. Quant à la liberté d’expression, elle repassera. Déclaration du regretté M'hamed Yazid, ex-ministre de l'information du GPRA quelques temps avant sa disparition : « (...) L’exode des élites intellectuelles, des cadres de la nation et de citoyens vers d'autres cieux a de nombreuses raisons. Il y en a une qui est rarement évoquée et qui est la plus importante. Les candidats à l'exil sont à la recherche d'un modèle de société, celui d'une société démocratique ou chacun a sa chance, toutes ses chances. Ils considèrent que ce modèle démocratique n'existe pas chez nous et que les quelques libertés arrachées sont menacées. Ils n'ont pas tort de le penser. La liberté d'expression qui existe en Algérie (...) a été arrachée en 1988 (...) », le défunt ajoutant par ailleurs que le secteur public subit lui-même cette mainmise étouffante: « Cette main basse sur les médias lourds et les journaux du secteur public a brisé moralement des membres de la profession qui ont une vocation de journalistes et sont réduits au rôle de rédacteurs. Du rôle de créateurs intellectuels, ils sont passés à celui d’instruments. » (3). Et évoquant la nécessité de l’entraide, feu M’Hamed Yazid lançait cet appel d'assistance aux gens de la corporation en difficulté : « Il faut leur tendre la main pour qu'ils puissent être libérés et apporter leur contribution à la démocratie et à la liberté d'expression ». Cela concerne naturellement tous les membres de la corporation de presse algérienne, du secteur public ou privé, l'idéal de liberté d'expression étant un acquis cher dont s'enorgueillit chaque Algérienne et chaque Algérien.. Tant il est vrai que l'aventure de la jeune presse privée en Algérie a été un formidable succès, envié par beaucoup, et constituant un point d'honneur pour tous les animateurs du secteur journalistique, et pour le rappeler, un hommage aux femmes et hommes de la corporation tragiquement disparus dans l'exercice de leur devoir. Conscients qu’ils étaient de cette éclatante vérité qu’a si bien mise en exergue l’universitaire et spécialiste des médias, Mohamed Bensalah, en rappelant dans un article publié dans Le Quotidien d’Oran cette évidence : « La liberté de la presse n’est pas seulement le baromètre de la démocratie, elle est la démocratie ! » Mohamed Ghriss (Auteur-journaliste indépendant) _________ Notes : (5)Journalistes Algériens, 1988 – 1998, Chronique des années d'espoir et de terreur, Lazhari Labter, éditions Chihab, Alger 2004). (6)Ibid. (1) Dans article "Octobre 88 et la presse : Une journée particulière", Maachou Blidi, Le Quotidien d'Oran du jeudi 05 octobre 2000). (2)Dans article « Le paysage médiatique Algérien : acquis et blocages », Brahim Brahimi, Le Quotidien d’Oran du jeudi 14/12/2000) . (3) M’Hamed Yazid, dans article Main basse sur le public, Le Quotidien d'Oran du 14/12/2000).

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