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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 21:33

                       Notre périple à Harchoune

 

            Il est presque huit heures du matin. Mon anxiété devenait de plus en plus pressante et je ressentais le besoin de m’évader de ma vie quotidienne qui était devenue de plus en plus monotone depuis que j’ai pris ma retraite. J’attendais avec impatience la venue de  mon collègue  Abdennour Chioune et  avec lequel je m’étais forgé une amitié à toute épreuve et qui devenait de jour en jour mon soutien pour le travail que nous faisions en vue de l’exécution d’un ouvrage toponymique et historique de la région de Chlef, commune par commune. Nos sorties se ponctuaient par des rencontres aussi bénéfiques les unes que les autres et nous arrivions à lier connaissance avec des gens formidables tout au long de nos randonnées dans les différentes communes de la wilaya que nous avons sillonnées durant nos périples qui se voulaient une étude presque générale de la situation des communes composant la wilaya de Chlef.
Nous avons pris le chemin vers Harchoune qui est une commune située dans la wilaya de Chlef juchée au pied de l’Ouarsenis. Il ne nous a fallu que quelques dizaines de minutes pour nous retrouver en plein sur le territoire très vaste de la commune. Nous roulions en direction du village de Sendjas après avoir dépassé les confins du site « Gaz » préfabriqué. Nous avions parcouru quelques kilomètres, lorsque nous nous trouvions à la croisée des chemins dont l’un mène à Sendjas et l’autre vers El Karimia et Harchoune. Nous avons bifurqué à gauche pour prendre la direction du village de Harchoune. Même pas une dizaine de kilomètres nous séparaient de ce dernier. Quelques minutes nous ont suffi pour être en vue du village de Harchoune. Nous avons presque traversé le village pour nous retrouver en stationnement devant la mairie du village. Plusieurs nouvelles bâtisses donnent un semblant de renouveau au village. Nous nous sommes présenté au planton et juste à ce moment, le secrétaire général de l’APC sortit de son bureau et nous reçut à bras ouverts. Nous le remercions pour cet accueil chaleureux. Nous sommes restés quelques minutes dans son bureau en attendant le Président de l’APC qui devait nous rejoindre. Ce dernier ne mit pas beaucoup de temps à apparaître dans l’encadrure de la porte du Secrétariat Général. Il nous souhaita la bienvenue et nous invité à aller dans son bureau. Nous avions discuté de notre projet et des plusieurs autres concernant le devenir de la commune de Harchoune. Le Président de l’APC en fut émerveillé et npromit toute l’aide nécessaire. Par la suite, il délègue son premier vice-président qui avait déjà trois mandats à son actif. C’était un homme jovial qui s’intégra facilement dans notre groupe et nous pûmes passer des moments très bénéfiques pour notre projet et pour la commune de Harchoune. Nous avons parcouru le village de long en large et nous y avons photographié les différents édifices publics nouvellement construits. Nous étions accompagnés par le vice-président de l’APC, Monsieur Mohamed qui nous fit visiter le village de fond en comble et dans tous ses aspects de la vie sociale. Nous le remarquons là sur la gauche de Mme Halima-Filali Fatma, centenaire de la commune de   Harchoune.

               Palmier à 11 troncs à Harchoune (Chlef)    

Nous avons rencontré la dame qui nous a raconté sa vie pleine de péripéties depuis un siècle et nous a demandé de prier avec elle pour son fils ainé qui vient de perdre sa femme lui laissant neuf enfants. Elle se rappelle de tout avec des détails précis et son ouïe est toujours plus ou moins fine. Elle marche et se suffit à elle-même sans le concours d’autrui. Elle nous a donné un plus dans notre tâche et nous a revigorés par sa prestance et sa mobilité. Sa voix était claire et elle nous parlait d’une manière presque spontanée sans oublier la vertu des femmes algériennes lorsqu’elles parlent devant des hommes. Par mesure de respect pour l’homme, elle le sanctifie presque et lui voue tout son amour, qu’il soit l’enfant, le père, le frère ou le mari.


La verdure à Harchoune est luxuriante. Tous les endroits que nous avions visités nous donnaient une image nouvelle de cette commune apparemment déshéritée. Nous avons remarqué en cette commune la diversité de notre patrimoine dans toutes ses profondeurs et ses essences propres à la vie de tous les jours. Nous y avons rencontré des gens formidables, simples et très chaleureux. La richesse de notre pays ne se situe pas seulement dans les ressources minières ou agricoles mais plutôt dans notre société plurielle qui est digne et qui vous imprègne de ses manières et de ses coutumes combien nécessaires et indispensables à la vie en communauté. Vivre au milieu des populations rurales est une éducation que tout un chacun devrait prendre en considération pour beaucoup plus de cohésion et d’éducation de notre société citadine qui tend de plus en plus à devenir le matérialisme intrinsèque en  personne. 
Le tourisme de montagne pourrait apporter une nouvelle vision de la vie au niveau de tous nos villages de montagne tels qu’El Karimia et Harchoune. Il pourrait nous apporter un plus pour les populations déshéritées et changer plus ou moins le mode vie et de penser de certaines populations et leur permettre ainsi d’accéder à un certain bien-être de la vie. Le barrage de Harchoune dans la commune du même nom a été d'un apport conséquent pour l'agriculture dans la région. Pour ce qui est du tourisme local de montagne, des gîtes et des auberges seraient les bienvenus pour accueillir des stages et des universités d'été dans tous les domaines de la vie poliique et sociale du pays. Des sites inoubliables et introuvables ailleurs donnent à la commune de Harchoune une primauté pour le tourisme de montagne ou des randonnées peuvent être organisées tout au long de l'année.

Lycée « Mohamed Khentache » à Harchoune Daïra d’El Karimia (Chlef)












Une rue de Harchoune plantée d’arbres – Une enveloppe pour les routes du village a été acquise et un tapis pourra recouvrir les rues de Harcho


Camp militaire français construit autour du mausolée de Sidi Abdelkader. C’est là que les militaires français ramenaient leurs prisonniers et les torturaient
Les ruines du camp militaire qui servait de lieu de torture et d’incarcération des populations de la région de Harchoune et des environs.

                                                                  La nouvelle crèche se trouvant au  centre de Harchoune. Le mur d’enceinte de la nouvelle crèche décoré de l’intérieur

Nous avons visité la nouvelle crèche du village de Harchoune. Nous avons rencontré un jeune, Rahma Maâmar, qui s’occupait de cette crèche. Il nous a avancé que lui et son ami Naâs Smaïn, ont voulu embellir un peu les murs de cette crèche pour donner une bonne impression de notre ville. Nous avons remarqué qu’ils se débrouillent très bien et que les murs d’enceinte de la crèche étaient complètement dessinés, pour une première fois sur leurs propres deniers et par la suite, le Président de l’APC, se rendant compte de leur talent, commença à leur acheter le matériel de peinture nécessaire à l’embellissement de l’établissement éducatif.


Vue générale de Harchoune et du barrage  - (Oued Ezzourgue et El hrabla et c’est ce dernier qui est le plus important.

Une étude a été faite pour la construction d’un barrage sur l’Oued El Hrabla qui est plus important qu’Oued Harchoune et Oued Ezzourgue. Il permettrait un essor considérable de l’agriculture dans la région de Harch


Stèle commémorative érigée en plein centre de Harchoune à la mémoire des chouchadas de la région.                                     



L’autoroute Est-Ouest qui passe à proximité du territoire de la commune de Harchoune lui ouvre de nouvelles perspectives en matière de tourisme.



Une seule souche avec plus de onze (11) palmiers, une première à Harchoune.


Avec la réforme en agriculture et avec l’aide de l’Etat, des vergers verdoyants prennent naissance même à Harchoune pour le bien de la localité.

Rue de la mosquée à Harchoune daïra d’El Karimia (Chlef)

Ferme du Caïd Bouthiba dans l’abandon le plus total.

C’est dans cette ferme désaffectée, en aval du barrage de Harchoune qu’a eu lieu un violent accrochage entre les forces combinées de sécurité et les terroristes. Plusieurs morts ont été enregistrés de part et d'autre.  
Cette photo représente un bâtiment qu’on appelait « El Houkouma » du temps des caïds (c’est-à-dire : locaux recevant les représentants du gouvernement français dans la région tels que l’Administrateur, le Bachagha, le Caïd, le Garde-champêtre, etc…)

Une pépinière tenue par un privé de la région et faisant travailler plus d’une dizaine d’ouvriers, tous assurés comme nous l’ont précisé les travailleurs de cette pépinière obtenu à la suite du plan de valorisation des terres Pépinière de Harchoune (plusieurs sortes d’arbres et d’arbustes y sont cultivés)



Photo souvenir prise devant les locaux de la direction de la pépinière

De G. à D. - Mohamed Boudia, écrivain – Le vice-président de l’APC de Harchoune – 

La nouvelle mosquée de Harchoune

Le mokkadem Ali Haimoud Djjilali né en 1933 nous a donné des renseignements sur la procession (Errakb) de Sidi Ali Bahloul, qui d’après lui est le fils de Sidi M’hamed Bénali Abahloul et frère de Lalla Aouda. Durant la période de printemps et exactement au mois de mai, nous commencions notre procession en partant, par un Lundi, au mausolée de Si El Mehdi en premier, Sidi Bencherki le mardi et pour le Rakb de  Sidi M’hamed Bénali Abahloul par le vendredi.

En passant par El Karimia, Sidi Bouabdellah, Oued Fodda, Oum el Drou, pour arriver enfin à Médjadja et nous passions la journée et leur remettons les oboles qui nous ont été données par les populations de Harchoune. L’imam de Harchoune qui est un jeune homme du nom de Mohamed Khélifi Othmane (sortant de la zaouïa d’El Attaf) nous donna des renseignements sur la zaouïa et l’école coranique de Harchoune, attenante à la mosquée en plein centre ville. D’après l’Imam, les disciples (talebs) ne resteront pas tant que la zaouïa restera dans le centre ville. La promiscuité avec les jeunes ne les laissera jamais apprendre le Coran. Il y aura toujours des déviations. Pour le disciple, il lui faut une certaine austérité et un certain ermitage « khoulwa » afin qu’il puisse se consacrer complètement à l’apprentissage du Coran avec dévotion.

Intérieur du jardin public avec son jet d’eau à Harchoune

 

 

Photo souvenir prise avec Monsieur Kouadri Habbaz Mohamed

Cheikh Abdelkader Boukhannoussi né le 14 février 1898 décédé le 14 janvier 1975 à Harchoune. C’était un éminent cheikh d’une zaouïa de la région. Une anecdote circule sur ce cheikh  concernant la sagesse de ce dernier. Elle nous fut racontée par des gens de la région. « Un jour, quelqu’un est venu demander au cheikh comment faire pour devenir musulman et comment faire la prière. Ce dernier lui répondit qu’il n’y avait rien de plus facile. Il fallait faire ses ablutions et apprendre dans Sourate el Fatiha seulement : « Bismillahi Errahmane Errahime, Al Hamdou Lillahi Rabbi El Âlamine » et faire cela cinq fois par jour en priant. Pour la prière c’est deux prosternations pour toutes les prières qu’elles soient du Fajr, du Dhohr, de l’Âasr, du Maghreb ou de la Îcha. Cheikh Abdelkader Elkhannoussi voulait lui simplifier les choses pour ne pas l’éloigner de la voie de la rédemption. Il ne voulait point l’encombrer avec tous les rituels de la religion musulmane pour un premier temps et lui laisser le loisir de découvrir par lui-même les préceptes du Coran et de l’Islam. L’individu dont il est question retourna un jour dans son fief et entra dans la mosquée pour faire sa prière du « Dhohr » qui comporte 4 prosternations (rak’âtes). Ce dernier se prosterna par deux fois seulement et dit les mots pour clôturer sa prière (Attaslime) alors que les autres fidèles s’étaient relevés pour entamer les deux dernières prosternations du « Dhohr ». L’individu ne broncha pas. Il était sûr de lui et de son acte. A la fin de la prière, l’Imam, ayant remarqué son stratagème, lui posa la question de qui tenait-il que la prière du « Dhohr » contenait seulement deux prosternations (rak’âtes). Il répondit à l’Imam (qui connaissait bien Cheikh El Boukhannoussi car il fut son disciple à un moment donné) que c’était Cheikh El Boukhannoussi lui-même, en personne, qui le lui avait dit. L’Imam en resta médusé puis dit à l’encontre du fidèle : « Du moment que c’est Cheikh El Boukhannoussi qui te l’a dit, alors continue, tu es dans la justesse ». Un autre jour, Cheikh El Boukhannoussi venait à passer par le même village et au moment de la prière du Dhohr, il fit sa prière avec les 4 rak’âtes officielles. Les gens en restèrent bouche bée. L’individu était présent ce jour-là et il s’arrêta à la deuxième rak’â comme toujours. L’imam de la mosquée ne pouvait laisser passer l’occasion de demander à son maître les tenants et les aboutissants de l’affaire. Il dit : « Cher maître, vous voyez cet individu là-bas, il prétend que vous lui avez enseigné qu’il pouvait prier avec 2 rak’âtes seulement la prière du Dhohr ainsi que pour toutes les autres prières ». En effet, répondit le Cheikh. Il continua à expliquer à l’Imam : « Mais bien sûr, c’est un bonhomme analphabète, une sorte de bête parlante, avec quatre pattes, lorsqu’il m’a demandé comment entrer dans l’Islam, je ne savais pas par où commencer mon explication fastidieuse de l’Islam, alors je lui ai simplifié le tout pourvu qu’il devienne pieux. Pour ma part, c’est une sorte de bête à qui j’ai entravé les deux pattes arrière, alors à vous de lui entraver les deux pattes avant si vous voyez qu’il est à point »

Nous avions visité la commune de Harchoune de long en large et nous sommes restés sur notre faim car nous n'avions pas tout vu. Il nous restait beaucoup de choses à voir et à immortaliser sur nos appareils photos. C'est une région qui mérite qu'on y développe  le tourisme de montagne avec la création d'auberges et de gîtes. Ce serait un plus pour cette région qui est presque encore à l'état vierge.

  

 

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